Ôde à la vulnérabilité, l’esprit critique, et la liberté d’être.

Est-ce que la vie serait un concours d’oxymores et de paradoxes ? 

Pour les explorateurs de développement personnel, de philosophie, les innovateurs du mieux vivre ensemble : le monde littéraire comme celui des réseaux sociaux regorgent d’articles passionnants sur l’amour de soi, le bonheur, la réussite !

A frôler l’indigestion de « recettes du bonheur », nous serions presque incités à en prendre le contre-pied pour tout laisser tomber comme prendre du plaisir dans la mauvaise humeur, manger gras, boire de l’alcool, fumer, dépenser sans compter, déplaire, faire l’éloge du chaos et envoyer paître tout ce qui nous entrave notre petit plaisir.

Comme un ras-le-bol d’exigence à  toujours « être mieux » ou « faire mieux » ?! Comme un appel à réveiller notre « enfant rebelle », et surtout pour avoir la paix !  

Comment revenir à des choses simples ? Etre en paix avec soi et les autres, avancer à notre rythme.  

 

D’un côté on nous dit que la persévérance est la clef du succès mais de l’autre, il faudrait lâcher prise : est-ce que procrastiner c’est lacher-prise ? Je recule ou j’avance ?

De l’autre côté, qui n’a pas entendu qu’il est important de s’aimer soi-même pour réussir ? Mais que nous maltraitons notre mental en surchauffe que le mode « action » oppresse..  Est-ce que s’aimer plus adoucirait le tout ?  Qu’être heureux est une quête (ou pas) mais que ça fait aussi du bien d’être en colère ou triste (c’est même être très utile pour sauver notre esprit critique) ? Est-ce que je m’aime lorsque j’exprime ma colère ? Si je me tais, est-ce que je m’aime aussi? Et si je ne dit rien est-ce que je respecte mon adversaire ? Comment construire sa vie avec tous ces messages ?

Heureusement que les grands sages comme Lao Tseu et pleins d’autres, ont laissé de leur empreinte le pouvoir du doute, étape clef de l’apprentissage. Comme Karl Gustav Jung de nous rappeler que la perfection n’existe pas non plus: c’est un chantage de notre mental et j’ajouterai même, de notre société de consommation.  

Alors m’aimer et m’auto-discipliner : ça devient un vaste programme presque absurde non? !

A la fois c’est assez attirant, et à la fois ça donne envie de faire demi-tour rien qu’à la lecture du titre … s’aimer : et pour quoi faire ? S’auto-discipliner : encore un truc de coach ?  Être sage, en paix et discipliné ou être rebelle, en colère et indiscipliné ? Un choix à faire ? Un autre oxymore ?

Est-que le point commun entre le rebelle et le sage se situe dans la quête de liberté?

Le chemins semblent différents, peut-être s’agit-il d’étapes de vie car après tout Buddha était un rebelle. Le rebelle serait en guerre avec lui-même et avec les autres, « contre » quelque chose mais il serait à la fois utile à notre société car il nous empêche de tourner en rond face aux injustices et nous oblige à innover. Le sage lui, n’est pas dupe, il est un stratège agile du « avec », en paix sur le chemin de la vie : il nous invite à nous recentrer, nous concentrer sans nous éparpiller.

Tout est question d’équilibre et de perception. Le rebelle n’a pas trouvé la paix en lui, il s’agite pour agir. S’aime-t-il vraiment parce qu’il s’assume justement ? Le sage s’aimerait assez pour tirer de chaque obstacle un nouvel apprentissage sur lui-même : il est précis, s’économise. 
 
L’amour de soi et la discipline sont peut-être les deux piliers qui les séparent dans la quête de liberté et de sens de la vie.

 l’ALLIANCE LIBERATRICE DE L’AMOUR ET DE LA DISCIPLINE

Est-ce que s’aimer, et prendre soin de soi suppose de se discipliner ? Est-ce que la discipline est nécessaire pour s’aimer ?Ou bien, est-ce que s’aimer ce ne serait pas plutôt lâcher prise, et se laisser guider par son être à part entière ? Est-ce que s’aimer ce ne serait pas juste s’assumer, et dans ce cas, à quoi bon s’auto-discipliner ? Existe-t-il une réponse?

Trouver son mode de fonctionnement optimal n’est certes pas évident: entre moments de lâcher-prise qui peuvent conduire aussi à une forme de super procrastination (« Je m’aime alors je me fait du bien, je relâche la pression et je me dit que  rien n’est grave que je peux reporter à demain ce que j’ai à faire) à des moments de « super-organisation » proche de l’esprit du combat. Trouver l’équilibre sans s’épuiser par avance.

L’amour de soi

S’aimer soi-même est tout un sujet ! Est-ce que s’aimer ne serait pas une forme d’égoïsme ou d’égocentrisme qui nous pousserait à être hyper-individualiste au détriment des autres ? Est-ce que cela ne va pas nous pousser à gonfler notre Ego pour devenir un orgueilleux auto-suffisant ?

Nous n’avons pas forcément été éduqués à nous aimer nous-même.  Ce qui nous pousse inconsciemment à rechercher l’amour chez les autres, leurs regards, leurs compliments, leurs gestes d’affection, réponds généralement à un manque, à une blessure fondamentale de la petite enfance.  Rechercher l’amour chez les autres interpelle notre ego.

Lorsque l’on manque d’amour de soi, nous allons le rechercher à l’extérieur de soi et devenir dépendants des autres comme « nourriture affective » sans nous en rendre compte. Une illusion de liberté avec tous les risques que cela comporte (addictions, appels à l’aide, mal de vivre lorsque l’on est seul etc.).

S’aimer pour de vrai, permet au contraire d’être indépendant et libre.

L’amour de soi permet de défendre notre intégrité et de la nourrir (en sachant aussi dire non, en s’exprimant et en prenant soin de soi). Par exemple, prendre soin de sa santé en faisant du sport, en fixant des limites claires à nos interlocuteurs, en se faisant respecter. Mais aussi au niveau émotionnel et mental : savoir accueillir toutes ses émotions comme des messages utiles, savoir orienter son dialogue intérieur vers plus de bienveillance et de tolérance envers soi-même, savoir s’indigner aussi lorsque l’on est témoin d’injustice.  

L’amour de soi pose ainsi la question du cadre et des limites que l’on s’impose pour défendre notre intégrité et implique de fait la question de la discipline. Cet amour nous invite aussi à cesser de nous juger et nous auto-évaluer sans cesse, à cesser de « paraitre heureux » et à assumer toutes nos facettes humaines avec authenticité (si je n’ai pas envie de sourire, je ne souris pas). S’aimer c’est s’autoriser aussi à acceuillir la souffrance, la douleur, avec bienveillance. 

S’aimer permet de se respecter, de se faire respecter et de respecter les autres. 

L’amour de soi est une énergie vitale puissante qui nous permet d’être à l’écoute de nos besoins et non à notre unique désir de plaisir. Cette énergie permet d’être libre et de partager avec les autres :  dans son couple, au travail, avec ses enfants. Elle permet le don, le recevoir, l’altruisme, la confiance en soi, et de gagner en force de vie.  S’aimer permet d’aimer : c’est l’inverse de l’égoïsme.

S’aimer avec sa part d’ombre, de vulnérabilité, ses qualités, sa différence : c’est un apprentissage de tous les jours qui nous conduit à un sentiment de plénitude.

L’amour de soi nous permet d’être plus tolérant avec nous-même et de se réconcilier avec sa part d’ombre : nos défauts, nos imperfections, notre caractère, notre « trop » ou « pas assez ». S’aimer permet d’être en paix !

Et l’amour de soi est le préalable à l’amour des autres.

C’est pourquoi, il me semble plus pertinent de parler d’amour en général (dont l’amour de soi est une composante primordiale) qui pose les fondements de l’éthique de la vie en société. En tout cas il me semble…

La discipline

Combien d’entre- vous ont le « poil qui s’hérisse » rien qu’à entendre ce mot ? Lorsque vous regardez les exploits de votre vie, vos réussites : n’y avait-il pas une forme de discipline chez vous ? Il s’agit de regarder la réalité en face : certes la créativité et l’efficacité se mettent en branlent grâce à l’intuition, mais aussi grâce à l’effort et nos rituels qui fonctionnent. L’approche bouddhiste de la discipline aide à se réconcilier avec cette dynamique d’éducation de l’esprit et du mental.

La discipline est un art de vivre qui permet de devenir calme, serein et imperturbable.

Avez-vous lu l’ouvrage de Dzogchen Ponlop « Buddha rebelle-sur la route de la liberté » , qui explique cette idée d’apaisement et d’éthique que la discipline offre ?

En effet, les bouddhistes voient la discipline comme un moyen de se soulager de l’angoisse que nous éprouvons lorsque nous nous retrouvons prisonniers de nos schémas habituels.

Elle permet alors, par la mise en place de nouveaux rituels, de sortir de notre zone de confort et de nous « encadrer » dans un nouveau processus d’apprentissage. De nous reprogrammer en quelque sorte;

La discipline nous ancre dans notre intégrité.

C’est un long chemin, où l’on doit aussi s’autoriser à réévaluer notre manière d’agir, et de corriger nos erreurs. L’amour de soi nous offre cette tolérance bienveillante envers nous-même, cette flexibilité de nous réajuster en toute circonstance, et de faire de nos vulnérabilités notre puissance.

Tout l’enjeu est de devenir son propre « disciple », en s’astreignant à suivre ses propres règles du « je ».  On y retrouve ici l’esprit du Tao (la morale et la vertu) dans chaque geste que l’on pose pour soi et pour les autres : que chaque action puisse être bénéfique pour nous comme pour notre environnement.  Poser nos actions en pleine conscience garantit le succès de notre entreprise.

La discipline relève ainsi d’un comportement éthique qui mobilise notre pleine conscience et responsabilité dans les actes que nous posons, dans le respect de notre intégrité et de celle des autres.

 La discipline est au service de l’amour de soi et l’amour de soi permet la discipline personnelle. C’est un investissement rigoureux qui pose les jalons du respect de soi à long terme.  A chaque nouveau petit pas, répété, nous reprogrammons nos habitudes, et plus nous commençons par des choses faciles, plus les choses s’enchainent et progresser naturellement. Il nous faut environ 21 jours pour ancrer une nouvelle habitude dans notre programme interne.

Et pour aller plus loin…

L’amour de soi et la discipline permettent de poser nos actions en toute responsabilité dans notre rapport au corps, à notre parole, nos gestes, et notre esprit. Et vous, où en êtes-vous ?

  • Vous sentez-vous pleinement alignés (entre vos besoins, vos valeurs, votre identité, vos objectifs et vos actions) ?
  • Avez-vous des rituels, des challenges de dépassement de soi ?
  • Quelle est votre dialogue intérieur lorsque vous avez le sentiment d’échouer (est-il bienveillant et encourageant ?)
  • Vous sentez-vous libre de poser des actions qui vous conduisent vers l’épanouissement (de vous et des autres ) ?
  • Avez-vous le sentiment d’être votre meilleur guide ?
  • Osez-vous demander de l’aide ?

Amour de soi et discipline sont donc les deux piliers complémentaires de l’équilibre. Que ce soit dans un projet, un processus de changement, une expérience individuelle ou collective

L’amour de soi, invite à être humble et souple avec la discipline : s’autoriser à se tendre la main à soi-même et oser saisir les mains tendues pour mieux s’envoler… et la tendre à son tour…

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