L’altruisme ou le secret du bonheur

Dans l’air du temps, le bonheur serait au “chacun pour soi”. L’individualisme versus l’altruisme, serait téléguidé par le désir de réussir comme de s’épanouir. Etre heureux nous conduirait vers une forme d’ethnocentrisme où “l’Autre” avec un grand “A” serait comme une menace. Nous cherchons le secret du bonheur mais nous avons peur.

Peur d’être “mangé” par l’autre, peur d’être “écrasé”, trahi voire instrumentalisé. Peur qui conditionne ainsi nos comportements, nos gestes. Nous nous méfions tant de cet “Autre” au sein de notre couple, au travail, dans la sphère amicale. Et si c’était tout l’inverse ?  “Le seul bonheur qu’on a vient du bonheur qu’on donne.” Edouard Pailleron. 

Être, oui être pleinement c’est être relié aux autres. L’autre, cet “Alter” construit ce mot “Altruisme” qui a été inventé par Auguste Comte en 1852 . “L’altruisme, c’est l’ensemble des penchants bienveillants de l’individu » .

L’altruisme est souvent associé à de la gentillesse  : au “caractère de quelqu’un qui est gentil, agréable qui est d’une complaisance attentive et aimable, pourvu de bonté.  Le mouvement inversé de l’altruisme serait ainsi l’égoïsme.

  • L’altruisme, “Qu’est-ce que c’est vraiment?

Nous sommes des “animaux sociaux” qui vivons en société.  Vous êtes-vous souvent posé la question : « Que pourrais-je faire pour que les autres aillent mieux ? » ou encore “Comment puis-je contribuer à un mieux vivre-ensemble en société?”. Peut-être est-ce plutôt ce type de réflexion comme une célèbre maxime bretonne (excusez l’absence de poésie)  “faites plaisir aux ânes ils vous chieront des crottes?” ou “trop bon, trop con?”.

Sincèrement, combien de fois avez-vous mis en pratique un programme concret du type : «aujourd’hui, je réalise trois actions totalement gratuites pour les autres » ?  Est-ce que votre altruisme, c’est à dire ce mouvement vers l’autre, vous pose problème?

L’altruisme, c’est quand nous agissons pour promouvoir le bien-être de quelqu’un d’autre, même à un risque ou à un coût pour nous-mêmes.

Bien que tout nous conduit à croire que nous sommes des êtres par nature égoïste, les recherches récentes suggèrent autrement.En effet, de nombreuses études en sciences sociales ont constaté que la première impulsion des individus est au contraire, de coopérer plutôt que de rivaliser.

Il suffit pour cela d’observer les tout-petits qui aident spontanément les gens dans le besoin avec une sincère préoccupation pour leur bien-être.  Même les primates non-humains montrent de l’altruisme.

Les scientifiques évolutionnaires spéculent que l’altruisme a des racines profondes dans la nature humaine parce que l’aide et la coopération favorisent la survie de notre espèce. En effet, Darwin lui-même a soutenu que l’altruisme, qu’il appelle «sympathie» ou «bienveillance», est «une partie essentielle des instincts sociaux».

Les études récentes de neurosciences ont observé de plus près le fonctionnement du cerveau au moment où des personnes se comportent en altruiste : leur cerveau s’active dans les régions qui signalent le plaisir et la récompense,.

Alors, fondamentalement, est-ce que l’altruisme nous rend heureux?

La plus longue étude en sciences sociales sur le bonheur a été initiée par Harvard en 1938: plus de 700 hommes et femmes ont été observés de près, tout au long de leur vie.

Le constat est sans appel: ce n’est pas l’argent qui fait notre bonheur, mais la qualité des relations qui nous lient aux autres.

A l’inverse, la solitude tue.

L’altruisme nous permet de nous connecter aux autres et nous rend heureux, c’est ce qui nous permet aussi de faire société.  Selon Marcel Mauss, père fondateur de l’anthropologie française, le dénominateur commun de toutes les sociétés est qu’elles ne fondent pas leurs rapports sociaux sur le troc ou sur le marché, mais bien sur le don à l’autre et le contre-don,  piliers de l’altruisme.

  • Pourquoi pratiquer l’altruisme ? “Ce que disent les recherches”

La recherche suggère que la pratique de l’altruisme améliore notre bien-être personnel -émotionnellement, physiquement, romantiquement, et même financièrement.

Et oui ! L’altruiste sait coopérer durablement: c’est une forme de compétence sociale. Il réussit mieux. Ensuite, l’altruisme est crucial pour les communautés stables et saines, et pour le bien-être de notre espèce dans son ensemble.

L’altruisme nous rend heureux et il est bon pour notre santé:  saviez-vous que dépenser de l’argent pour d’autres peut abaisser notre tension artérielle?

Incroyable non ?  Les personnes qui font du bénévolat ont tendance à éprouver moins de douleurs, avec une meilleure santé physique globale et moins de dépression. Les personnes âgées qui font du bénévolat ou qui aident régulièrement ont des chances nettement inférieures de mourir. Le chercheur Stephen  G. Post rapporte que l’altruisme améliore même la santé des personnes souffrant de maladies chroniques comme le VIH et la sclérose en plaques.

L’altruisme génère de l’abondance: les études suggèrent que les altruistes peuvent récolter des avantages financiers inattendus parce que d’autres se sentiront obligés de récompenser leur geste dans une dynamique de coopération bienveillante…

L’altruisme est bon pour notre vie amoureuse:  “quand on aime on ne compte pas” lorsque le chercheur David Buss a interrogé plus de 10 000 personnes à travers 37 cultures, il a constaté que la gentillesse était leur critère le plus important pour un compagnon et l’exigence universelle unique pour un compagnon à travers tous les cultes.

L’altruisme crée du lien social en nourrissant la coopération, la solidarité

Bref, tout le monde y gagne !

  • “Comment pratiquer l’altruisme” ?

Les études montrent que les enfants sont altruistes même avant d’avoir appris à parler. Mais trop souvent, nous n’agissons pas sur nos propensions à la bonté au fur et à mesure que nous vieillissons.

Revenons à l’approche de Marcel Mauss : il a décrypté que ce geste si particulier vers l’autre se fait bien en trois mouvements entre soi et l’autre:  donner, recevoir et rendre. L’altruisme est ternaire!

1/ Donner

Tout d’abord le geste part de soi vers l’autre : il s’agit de donner de manière désintéressée, sans aucune attente spécifique. Rappelons que le fait de donner aux autres plutôt qu’à soi est une source extrêmement riche de satisfaction et de création de lien. Une étude américaine démontre que donner 5 dollars à des étudiants pour qu’ils les dépensent pour eux-mêmes génère un sentiment de joie qui s’estompe quasi immédiatement après l’achat.  Mais cette allégresse perdure au moins jusqu’au lendemain lorsqu’il est demandé à ces mêmes étudiants de dépenser cette somme pour d’autres. Nous éprouvons donc plus de plaisir à offrir qu’à recevoir.

“Il faut savoir donner, c’est le secret du bonheur”, écrivait Anatole France.

2/ Recevoir

Recevoir, c’est accueillir le contre-don de l’autre. Si je refuse, je casse le lien !  Si j’accepte, j’accueille l’autre dans son existence avec moi. Savoir recevoir et dire merci est un signe d’humilité, contrairement à ce que l’on pourrait penser. Dans notre culture judéo-chrétienne, nous partageons cette croyance que recevoir est égoïste. Bien au contraire! Savoir recevoir c’est accueillir l’autre au coeur du lien social. La plupart des recherches en psychologie positive insistent aujourd’hui longuement sur le pouvoir de la gratitude  “ Exprimer sa gratitude est une “méta-stratégie” pour être heureux, c’est aussi se permettre de savourer ce qui se passe, de ne pas considérer que tout est dû ou normal et savoir percevoir l’intensité du présent” écrit ainsi Florence Servan-Schreiber.

Les découvertes de Marcel Mauss indiquent que nous désirons être reconnus en tant que donateurs. Alors que la reconnaissance constitue l’un des premiers leviers de la qualité de vie au travail, sept salariés sur dix considèrent qu’ils ne sont pas reconnus à leur juste valeur!  

L’ouvrage du sociologue Norbert Alter “Donner et prendre, la coopération en entreprise”, éclaire justement l’énigme de la coopération par ce mouvement entre soi et l’autre. La réflexion mérite approfondissement, car la gratitude, qui ne coûte rien, fonctionne à la fois comme un facteur de générosité et comme une source de générativité.  

Le “merci” est comme un “contre-don” qui engage le lien vers une solidarité future

3/ Rendre ou le “contre-don”

“Ce qui est bon à prendre est bon à rendre” stipule l’adage.

Si être en dette c’est être en lien, s’affranchir de la dette (en rendant une invitation, un service…) reviendrait donc à mettre un terme à ce lien. C’est pourquoi il convient de rendre toujours un peu plus, ou différemment afin de préserver la dette et ainsi pérenniser la relation.

C’est précisément pour cela que l’aboutissement ultime de toute relation repose sur la quête de “l’endettement mutuel positif” . Il s’agit là d’atteindre un tel stade de dons et de contre-dons qu’il devient impossible de distinguer le débiteur du créditeur.

L’attache à la personne est tellement développée que l’on se sent éternellement reconnaissante envers elle, et donc dans le désir permanent de lui retourner toute la bonté qu’elle nous inspire. Une telle relation, qui donne tout son sens à l’expression “quand on aime, on ne compte pas”, est extrêmement épanouissante. Nous n’éprouvons aucun sentiment d’obligation mais la motivation de rendre de bon cœur. Cela fonde notre bonheur, car générer une émotion positive chez autrui, génère la même émotion chez le donateur.

C’est un mouvement vertueux entre soi et l’autre.

4/ Demander, donner, recevoir, rendre … être autonome et heureux !

Le don scelle et symbolise les alliances.  “Pour connaître la joie, il faut la partager”

L’apport de Marcel Mauss est ici considérable. En premier lieu, le don se cultive en premier lieu dans son rapport à soi.  Et ce n’est pas de l’égoïsme. Une personne égoïste est une sorte de “puit sans fond” qui voit en l’autre une sorte de “nourriture” affective. Alors qu’une personne qui se donne à elle-même ce dont elle a besoin est autonome. Elle n’attends rien de l’autre: c’est la condition sinequanone d’une réelle dynamique de partage ( nous sommes encore dans le ternaire 1+1= 3 ou encore moi+ toi = nous).

L’égoiste lui serait plutôt dans un 1+1 = 1 ou moi + toi = moi). Pour lui, l’autre n’a de fonction (inconsciente) que de venir combler ses failles, et ses blessures ouvertes. Une personne égoïste souffre de sa dépendance aux autres. C’est un grand sujet de coaching d’ailleurs.

Rien ne nous est dû et le don se transforme en manipulation dans les jeux de pouvoir (écraser l’autre de sa générosité par exemple). C’est pourquoi, et second lieu, le don s’entretient avec discernement. Nous avons le choix de poser notre geste en phase avec nos valeurs et dans le respect de notre intégrité.

En développement personnel, cela invite à :

  • Dépasser ses peurs et ses croyances limitantes
  • Être disponible pour soi, pour être disponible aux autres
  • Développer un pont émotionnel entre soi et les autres
  • Etre en phase avec soi-même et avoir le coeur ouvert

Voici quelques pistes de réflexion fondées sur la science du bonheur pour cultiver l’altruisme:

Des actes de bonté au hasard: comment se sentir plus heureux en faisant des choses pour les autres. Poser des actes de “don” comme on sème des petites graines autour de soi.

Des actes de bonté ciblés avec discernement : dans quelle sphère de ma vie est-ce que je souhaite créer du lien ?

Connectez-vous: se sentir connecté à d’autres personnes-même en lisant simplement des mots comme «communauté» et «relation»-nous rend plus altruiste.

Soyez humanistes: nous sommes plus altruistes quand nous voyons les autres comme des individus, sans a priori ni jugement de valeurs, et non pas des statistiques abstraites.

Cultivez l’empathie : notre capacité à se mettre à la place de l’autre qu’une écoute présente et disponible permet, tout en restant à sa juste place.

Soyez exemplaire: l’altruisme encouragent les autres à suivre le mouvement. Être le changement que l’on souhaite se voir produire autour de soi. Incarner nos valeurs et faire passer le message au coeur de nos gestes et de notre responsabilité.

Instillez de la bonne humeur autour de vous: c’est une «boucle de rétroaction positive» à l’altruisme.

Encouragez la coopération avec des objectifs partagés:. lorsque les élèves ou les salariés participent à des exercices «d’apprentissage coopératif» en petits groupes, ils sont plus enclins à faire preuve de gentillesse envers les autres.

Reconnaissez le don mais sans système de récompenses:  certes la reconnaissance du don est importante mais la puissance du don repose dans l’acte gratuit.

Apprennez aux enfants à aimer donner !

Dégagez-vous du temps:  les études de Daniel Batson et John Darley observent lorsque des personnes voient quelqu’un s’effondrer sur un trottoir, leur décision d’aider dépends d’un seul facteur: s’ils sont en retard ou pas. L’altruisme se manifeste seulement quand les personnes estiment avoir du temps.  Ralentissez, et prenez le temps d’être une partie intégrante de votre environnement.

Aidez à bâtir une communauté de soutien: une étude a constaté que les quartiers avec plus de structures de soutien pour les enfants, comme les activités parascolaires et les associations, avaient des adolescents qui étaient plus altruistes.

Luttez contre l’inégalité: les études suggèrent que lorsque les personnes se sentent investies par un sentiment de statut supérieur, ils deviennent moins généreux.

Faites des gestes responsables pour la planète: choix des achats, tri des déchets, adopter un comportement de respect dans la nature.

Maël Maisonneuve
Life Designer

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