« La jalousie entre femmes, est-elle un frein à leur émancipation au sein de la société ? Quels en sont les leviers ? »

Cercle de femmes leaders

Parole du Cercle de feMMes Lead’her
-MM Life Design-

En 2020, même si le mouvement semble prendre forme, les cercles de femmes sont encore rares dans le monde du travail, en comparaison de ceux des hommes (boys club), où cooptation et réseau professionnel demeurent l’apanage, voire la norme de toute ascension professionnelle. Habituées au formatage du leadership patriarcal et pyramidal, les femmes ont été oubliées de ce modèle millénaire, les empêchant de prendre les rênes et d’embrasser leur leadership féminin dans la diversité, notamment par l’entremise de rassemblements.

Le mercredi 5 août, le cercle de « feMMes Lead’her » s’est rassemblé une nouvelle fois, autour de ce sujet familier et parfois tabou : la jalousie féminine.
En cette rentrée, ce sujet nous interpelle sur ce qui nous sépare afin de mieux nous réunir. C’est un sentiment humain qui peut être un frein pour les femmes, comme pour la diversité et se retrouver instrumentalisé par certains hommes dont l’enjeu consiste à conserver le monopole du pouvoir. Quand le modèle patriarcal mise sur la compétitivité, les femmes (et les hommes avertis) misent sur la collaboration et la complémentarité

La jalousie une réalité propre à chacune

Pourquoi le choix de ce sujet ? Parce que je l’ai souvent recueilli lors de mes accompagnements en coaching soit comme des expériences vécues douloureuses, soit limitantes, que ce soit au sein de la vie professionnelle ou sociale. L’idée était alors de créer un débat dans le cercle pour recueillir les « feedbacks » au niveau individuel tout en offrant un espace à l’intelligence collective pour faire émerger des possibles.

Je me souviens d’une étude française sur les cercles et clubs féminins qui soulignait leur côté fermé, dans le sens où ils ne s’adressent pas assez au monde extérieur, et aux hommes aussi. Sans tomber dans une caricature si injuste du féminisme (égalité des droits et valorisation de la diversité), nous croyons que la société gagne à faire émerger la parole des femmes pour qu’elles puissent enfin prendre pleinement leur place.

Parce qu’il serait dommage de garder cette parole dans l’ombre, cet article a pour vocation de mettre en lumière les enjeux de solidarité et de lien social entre les femmes.

Un débat en trois questions

1. Comment définissez-vous la jalousie et est-ce un sujet qui vous interpelle ?

En posant cette question, les femmes du cercle ont eu plusieurs réactions.
Pour certaines, la réponse était claire mais pour d’autres c’était moins évident car cela apparaissait comme un « non-sujet » au sein de leur propre expérience.

Les éléments de définitions qui sont apparus de prime abord étaient les suivants : pour certaines la rivalité, pour d’autres un effet miroir (j’envie chez l’autre ce que je souhaite pour moi), enfin certaines pensent qu’elle intervient lorsque leur position est menacée (concurrence). Ainsi la jalousie peut se nourrir de l’envie de ce que l’autre possède, et que l’on aimerait posséder.

Mais l’envie est aussi autre chose : c’est un moteur d’inspiration personnelle, une direction, lorsque la personne en face de soi est envisagée comme un modèle inspirant. L’autre apparait alors comme un modèle de leadership à suivre.

Toutes étaient d’accord pour dire que la jalousie s’exprime comme une résonance émotionnelle liée à un sentiment d’insécurité, de manque de confiance en soi (que ce soit au niveau des compétences ou de l’image féminine de soi).

Certaines ont directement vécu des expériences où la jalousie s’est exprimée avec des conséquences nuisibles, et d’autres ont été témoins de scènes de ce type que ce soit dans leur vie professionnelle, d’autres dans leur vie personnelle. Le sentiment de jalousie fait partie de la nature humaine mais n’est pas vertueux pour faire grandir la solidarité. Avec une prise de conscience de ce phénomène, la jalousie devient un indicateur que l’autre femme devant soi, vient toucher quelque chose en nous, que nous avons besoin de transformer.

Trois dimensions se sont aussi dégagées : au niveau culturel, professionnel et « animal » (instinctif).

  • Au niveau culturel, est ressorti la question de l’éducation des filles dès leur plus tendre enfance lorsqu’elles reçoivent des injonctions de type « sois jolie » « fais plaisir ». Cette injonction fait ressortir l’exigence d’esthétisme et de séduction chez les petites filles, qui teinte leur identité jusqu’à l’âge adulte.

    Ce type d’éducation construit un ego qui va conduire la petite fille à se socialiser en se comparant aux autres, en se conformant à des modèles féminins basés sur les caractéristiques physiques. Cela produit un biais cognitif dans leur rapport avec les autres femmes pour être encore « plus jolie ». Pour réussir, être reconnue, il faut alors plaire par ses attributs physiques et cela va déteindre aussi sur les futures relations professionnelles. L’autre femme devient une rivale, « elle réussit parce qu’elle est jolie, et je veux ce que je n’ai pas ». Cela déteint sur l’image de soi et donc inéluctablement sur l’estime de soi (composé de l’amour de soi, l’image de soi, la confiance en soi).

    Une des membres du cercle a vécu en Malaisie, où elle avait noté la prégnance de ce type d’éducation qui influençait de manière assez dure les rapports entre femmes, teintés d’une jalousie oppressante. Il y a aussi ce rapport étrange qui peut s’instaurer entre les femmes qui ont des enfants et celles qui n’en ont pas, avec des tensions de comparaison qui peuvent se manifester dans un sens ou dans un autre. La jalousie peut incarner alors un sentiment patriarcal, où les femmes cherchent à gagner clairement l’affection et à fortiori la protection des hommes. Faute d’éducation et d’indépendance financière, la jalousie est proche de l’instinct de survie.

    (Réf, livre et film, « le palanquin des larmes »).

    Un homme a dit un jour à l’une d’entre nous « les femmes ont besoin de se sentir aimées, et les hommes admirés ». Une phrase qui est peut-être le fruit du formatage de la société, à savoir une réalité culturelle construite pour les femmes mais par les hommes. Car après tout, les femmes aussi peuvent apprécier d’être admirées et les hommes de se sentir aimés.  

    Au niveau professionnel la jalousie est toxique. Ce sentiment apparait comme une réaction émotionnelle à la menace de l’autre pour défendre sa position professionnelle d’un danger imaginé (projection). L’arrivée d’une nouvelle collègue, plus jeune, plus jolie, plus dynamique, peu coopérante, réveille parfois des peurs irrationnelles, que l’on ne se s’explique pas et qui viennent ébranler notre confiance en nous.

  • Sans prévenir, une personne arrive dans notre environnement, en posant un nouvel enjeu de concurrence, avec parfois un grand sentiment d’injustice qui viens titiller notre colère. Il arrive aussi que l’on hérite d’une nouvelle hiérarchie, qui exprime des sentiments de jalousie envers soi, en voici un exemple vécu :

    « Tu vois cette fiche de poste, c’est bien la tienne n’est-ce pas ? Et bien sache tu as vraiment trop de responsabilités, surtout avec des enfants, désormais c’est la mienne et tu bosses pour moi».

    Ce genre de situation où vous étiez dans un poste de cadre, en pleine ascension professionnelle, et qui, tout à coup vous relègue à une fonction de « super assistante » pour votre hiérarchie. Vous êtes exclue des réunions que vous gériez, et au fur et à mesure vous n’avez plus de pouvoir de décision, à subir une relation infantilisante, à devoir faire valider le moindre email, à faire relire et corriger le moindre rapport, pour plaire à votre nouvelle « maman autoritaire ».

    « Tu sais, je fais ça pour ton bien, avec tes enfants à gérer à la maison c’est beaucoup trop, je le sais bien ». « Mais c’est quand même bizarre que tout le monde t’apprécie autant ».

    La jalousie s’exprime à différents degrés en rendant la relation toxique et devient un frein réel à l’émancipation professionnelle, en préparant hélas un terreau propice au harcèlement moral

  • Au niveau « animal »: aurions-nous encore des réflexes instinctifs comme dans une meute ? Avec toute la violence que cela signifie de rapports de dominants-dominés pour établir une « hiérarchie » au sein du groupe. L’esprit de compétition y règne et seuls les plus forts s’en sortent.

     Est-ce que la jalousie est alors finalement et uniquement une question propre aux femmes, ou bien est-ce que cela n’est pas aussi la question des hommes, avec une expression peut-être moins visible de ce sentiment ? Le cercle se pose la question du modèle patriarcal, et des structures organisationnelles créées par et pour les hommes, où les valeurs de compétition sont fortes, où les rênes du pouvoir sont tenues par les hommes. Le Yang face au Yin, et non en harmonie.

    Et quel est le rôle des hommes au sein des relations entre femmes lorsque celles-ci leur sont subordonnées ? Qui valorisent-ils en réunion et sur quels critères ? Pourquoi constatons-nous dans certaines entreprises que les jeunes recrutées sont toujours « jolies ? Diviser pour mieux régner au sein de la meute ? Et comment est-ce que les femmes, dans ce type d’atmosphère de travail, relayent inconsciemment cette division par le ragot ou la rumeur ?

    En validant le comportement de certains hommes qui basent leurs relations professionnelles sur la séduction, cela vient réveiller chez les femmes, leur égo qui tente de les protéger de leurs blessures narcissiques avec moult maladresses et infantilisation. Est-ce vraiment un trait féminin instinctif, ou n’est-ce pas plutôt une question d’éducation des hommes et des femmes dans leurs rapports aux autres ? Cette éducation où il faut être le meilleur, avoir le pouvoir et la gloire, comme une forme d’hystérie (et d’histrionisme chez les hommes) qui n’attend que la validation des autres pour mesurer sa propre valeur ?

La source de la jalousie ne viendrait finalement ni de l’homme, ni de la femme, ni de l’éducation ou la société, mais de l’Ego et des enjeux de pouvoir.

L’éducation, la bonne estime de soi, un égo apaisé (car l’égo juge, compare, critique, rabaisse, sur estime ou sous-estime selon la « mise en danger » perçue et selon les blessures de la personne) permettent, toutefois et ensemble, de remettre les relations entre femmes à leur juste niveau.

Une bonne conscience de soi (nourrie par l’intelligence émotionnelle) avec de solides soft skills permet d’être ancré dans ce qui se joue au sein de la relation, et de prendre toute sa responsabilité dans ses rapports aux autres femmes, qui ne sont finalement qu’une autre facette de « nous-m ’aime ».

Ainsi l’écoute, l’être-authentique (plus que le paraître ou « l’avoir »), l’aide, et la valorisation de l’autre, la solidarité, sont apparus comme des leviers essentiels. En allant voir son « ennemie » et en lui proposant son aide, par une communication claire et apaisée, on peut alors entrer dans une stratégie de coopération entre femmes.

Chacune est unique et différente, quelle que soit sa manière d’investir sa féminité. L’autre femme est un miroir de nous-même : de ce que nous voulons atteindre, de notre part d’ombre aussi. L’autre vient nous apprendre des choses sur qui nous sommes, sur ce que nous avons à apprendre et à développer. Parfois cela nous challenge, nous mets dans une posture inconfortable, mais l’essentiel est d’avancer toutes ensemble.

La réussite des unes est la réussite des autres, parce qu’il n’y pas encore assez de femmes qui s’autorisent à réussir, parce qu’il n’y a pas assez de femmes aux postes qu’elles méritent en termes de compétences.

Et comme le disait l’une d’entre nous : l’amour est partout. Il faut apprendre à s’ouvrir, à apaiser son ego pour se réjouir pleinement des réussites de l’autre avec un réel bonheur partagé. Comme le disait avec sagesse l’une de nos membres, « même si on n’a pas d’enfants, on peut aussi envisager d’être mère autrement dans notre rapport avec les jeunes femmes qui nous entourent, pour les aider à s’élever, en leur transmettant les clefs de notre expérience. »

Faisons place à la diversité, des parcours, des profils, au service du projet, de la mission et de la vision. Et surtout : assumer d’être soi-même, sans se brimer, voire en tentant de se camoufler pour ne pas attirer l’attention. S’affirmer au lieu de s’effacer.

Si l’on souhaite qu’un système bouge, rien ne sert de vouloir changer l’autre, il faut d’abord faire un pas pour que le reste suive. C’est l’effet papillon.
Travailler sur soi et investir nos relations de manière solidaire et constructive envers les autres femmes, les jeunes filles. S’engager dans du mentorat ou parrainer une jeune femme est aussi un levier à l’effet papillon certain. Prendre sa place et aidez les femmes à prendre la leur, c’est croire au pouvoir de l’altruisme et de la puissance du lien social.

« On ne naît pas femme on le devient ». Et la finalité dans tout cela ?

Que les femmes prennent enfin leur place dans la société et au travail sans qu’elles attendent d’y être autorisées!

Que la diversité des profils soit représentée dans les organisations y compris pour les hommes qui sortent du lot en assumant leur part de féminité et d’originalité, ceux qui ne jouent pas le jeu du pouvoir, qui partent à 17h00 pour chercher leurs enfants et qui embrassent pleinement un fonctionnement dit « matriciel ».

Tout le monde a à y gagner c’est une certitude : poser la question des femmes, c’est poser la question de l’humanisme au sens le plus large du terme, du rythme et de la coopération, qui permet de réinventer les rapports dans les organisations pour un développement durable, efficace et pérenne.« On ne naît pas femme on le devient », comme le mentionnait Simone de Beauvoir. Car devenir femme, c’est d’une certaine façon accomplir son destin, notamment grâce à l’appui des cercles de femmes et de l’ouverture d’esprit des hommes.

Réf : à lire sur le même sujet :

https://www.lapresse.ca/vivre/societe/201310/25/01-4703770-societe-jalousie-au-feminin.php

Parole du Cercle de feMMes Lead’her
Propos recueillis par Maël Maisonneuve, Fondatrice et Coach de MM Life Design.

MM Life Design a créé un cercle de femmes réunie autour du leadership. « Un leader est une personne qui s’engage pour créer un monde auquel on a envie d’appartenir » cit. Robert Dilts.
Il réunit une vingtaine de femmes d’horizons professionnels diversifiés, situées à des stades de vie différent. C’est toute la richesse de ce groupe francophone qui a naturellement pris une dimension internationale (Canada, Ouganda, France, Cameroun).

L’idée, c’est de réunir des femmes autour de l’énergie du leadership et de sa mise en mouvement. Trop peu de femmes se l’autorisent encore pleinement, et ce cercle offre des moments de co-développement, de conférences et de témoignages dans la dynamique de mise en mouvement que l’esprit du coaching encourage (le « comment »).

Beaucoup de cercles émergent en France et dans le Monde, mais celui-ci n’est ni business, ni chamanique : il prend la couleur de la puissance des femmes qui le compose. La sororité est de mise où bienveillance, écoute, partage, absence de jugement et enrichissements sont là pour les inspirer.
C’est un jeune cercle qui prend forme depuis 9 mois, tout en douceur. D’ailleurs le sujet de débat de notre Cercle du mercredi 2 septembre 2020 portera sur « l’éloge de la douceur » qui est aussi le titre du live de notre invitée Aurélie Godefroy, journaliste, auteure. Animatrice de l’émission du dimanche « Sagesses Bouddhistes » sur France 2 fera l’objet d’un nouvel article. Pour obtenir des informations de participation au cercle, veuillez contacter : maelmaisonneuve@mm-lifedesign.fr en vous présentant, avec ce qui vous anime.

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